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Colombie :: Appui des différents projets emploi et sport du réseau Pensarme


Une expérience unique au sein de FEDAR, organisation colombienne alternative

HandiCap sur le Monde poursuit ses échanges avec les membres du réseau Pensarme afin de mieux connaître leurs actions et mieux comprendre la situation des personnes handicapées en Colombie. L’association se rend désormais vers le sud du pays pour découvrir l’organisation FEDAR qui veut développer l’autonomie, la liberté et le bien-être des personnes déficientes intellectuelles. Bienvenue à FEDAR, véritable village enchanté dans la campagne colombienne, aux abords de Popayán, surnommée la ville blanche. HandiCap sur le Monde a passé une semaine auprès de cette organisation innovante et alternative.

FEDAR, qui signifie« Fundacion para la Estimulacion en el Desarollo y los Artes » (fondation pour la stimulation du développement et les arts) existe depuis 1985. Conçue pour la défense et la promotion des droits fondamentaux des personnes handicapées, FEDAR a été pensée par un petit groupe d’amis dont Ricardo Cobo, l’actuel représentant légal de la fondation. A cette époque, peu de personnes se soucient de l’avenir des colombiens en situation de handicap. Déjà, ces précurseurs utilisent les arts et montrent l’importance de la terre pour aider les personnes plus vulnérables à améliorer leur quotidien. Ricardo ne cesse d’insister sur l’importance des émotions de tous ces jeunes. Son idée est simple : ces personnes ont également le droit d’être heureuse, de s’épanouir, de rire, de profiter de bons moments… Il s’efforce donc de créer une ambiance positive, où chacun peut trouver sa place peu importe sa différence ou ses difficultés.

Ce n’est qu’en 1998 que le village FEDAR est créé. Depuis 15 ans, cette fondation n’a cessé d’aider les personnes handicapées, de leur proposer un avenir meilleur.  Aujourd’hui, c’est un véritable village de plus de 10 hectares, qui offre de nouvelles possibilités aux personnes en situation de handicap. 24 personnes travaillent pour FEDAR et s’occupent de 90 personnes déficientes intellectuelles âgées de 4 ans et plus.

 Après avoir traversé la jolie ville coloniale de Popayán, ancienne ville importante de la grande Colombie, il faut emprunter un chemin peu accessible pour se rendre jusqu’à la propriété FEDAR. L’endroit est superbe, très bien entretenu, et l’on ressent tout de suite l’importance accordée à l’esthétique et à l’art. Certains osent la comparaison avec le village des Schtroumpfs, en raison de la présence des maisons colorées et de l’apparente quiétude des lieux. Toutes les structures sont construites avec des matériaux écologiques, ne contiennent pas de portes, permettent la récupération de l’eau de pluie… Des chemins relient les maisons entre elles, les plantes et la verdure sont omniprésentes tandis que les animaux se baladent tranquillement dans ce parfait décor de ferme idéale.

Le calme apparent des lieux ne dure plus après 8h30 du matin, heure d’arrivée de la « chiva », bus traditionnel colombien sans portes ni fenêtres mais avec la sono à fond, qui transporte les membres de FEDAR du siège de l’organisation, dans le centre de Popayán, jusqu’au village isolé de la fondation. Les cris, chants et danses des jeunes se répètent au moment de quitter les lieux, chaque jour à 16h30, dans une ambiance survoltée au son de la musique locale, la cumbia et le reggaeton.

Une mission éducative auprès des enfants et des jeunes

Des groupes d’enfants et d’adolescents sont regroupés selon leur âge et capacités dans des maisons ouvertes selon le principe de l’organisme : pas de lieu ou d’esprit fermé. Il y a donc par exemple « la casa de los giraflores » (maison des tournesols) où une quinzaine de jeunes sont encadrés par un professeur, chargé de les mettre en situation d’apprentissage. Pour cela, l’art occupe une place principale : peinture, théâtre, musique… sont utilisés pour développer leur autonomie, leur permettre d’apprendre à lire, compter, échanger, développer leur pensée… Une grande liberté leur est accordée. Chacun peut quitter la casa quand il le souhaite pour changer d’activité, aller jouer au foot, voir ce qu’il se passe dans la casa d’à côté… Evidemment, chaque enseignant veille à ce que les jeunes rejoignent leur groupe par la suite mais tous sont, de toute façon, très attachés à leur groupe d’appartenance. Une importance particulière est également accordée à la terre. Tous les groupes cultivent un jardin, font pousser plantes, fleurs, légumes et herbes aromatiques, utilisés en cuisine ou rapportés au domicile de chacun. Lorsqu’un enfant a acquis l’autonomie et les apprentissages suffisants, il peut poursuivre son développement dans la maison suivante.

La maison des plus grands vise à faciliter le passage des adolescents vers l’âge adulte. Les capacités travaillées ne concernent plus seulement des apprentissages mais également des attitudes sociales, des compétences professionnelles pour que ces jeunes adultes puissent effectuer un travail adapté à leurs potentialités.

Des ateliers pratiques et professionnalisants

Les adultes déficients intellectuels encadrés par les professionnels de FEDAR peuvent découvrir et s’impliquer dans plusieurs ateliers, toujours orientés dans les arts et l’écologie. L’atelier papier leur permet d’apprendre une technique de recyclage. Ils créent alors de nouvelles feuilles, utilisées pour l’élaboration d’agendas, de carnets, de cahiers, d’abat-jour… vendus au siège de la fondation.

Il y a également un atelier musique encadré par Alex, jeune talentueux possédant une oreille musicale impressionnante. Les rythmes du Pacifique, de la samba ou encore de la cumbia sont travaillés par tous les jeunes de FEDAR, sous la tutelle de ce prof extraordinaire. Ils donnent parfois quelques concerts pour montrer leurs compétences à un public local. Alex, c’est aussi l’animateur de Radio papel, émise quelques heures par semaine au sein du village. Accueilli par la fondation dès son plus jeune âge, Alex était plutôt renfermé sur lui-même, ne montrait pas beaucoup de compétences face aux stimulations proposées. En découvrant la musique, les professionnels l’encadrant ont surtout découvert avec fascination les possibilités de ce jeune garçon. Un sens du rythme inouï, une oreille musicale hyper-développée qui lui permet de rejouer un morceau écouté une seule fois, Alex a aussi la capacité d’encadrer plusieurs groupes de musiciens en herbe au sein de la fondation qui le respectent et s’exécutent selon ses conseils et encouragements. La musique a offert des possibilités insoupçonnées pour Alex. FEDAR l’a d’ailleurs positionné pour une bourse de musique dans un conservatoire national en Colombie. Cet exemple nous montre bien que chacun peut être capable à sa manière, dans son domaine.

Dans un autre registre, l’atelier agricole permet à ces adultes de poursuivre leur connaissance de la terre et des animaux en s’occupant des vaches et cochons, qui apportent aliments et revenus financiers pour l’organisation. Certains de ces produits (lait, viande…) sont consommés lors du déjeuner quotidien tandis que d’autres (cochons notamment) sont vendus à la communauté.

FEDAR c’est aussi la production d’un café de haute qualité par des personnes en situation de handicap. Ce café est une solution alternative pour l’emploi d’adultes handicapés et pour l’obtention de ressources pour l’organisation, pour lui permettre de poursuivre ses missions éducatives et professionnalisantes. Ce café équitable permet d’employer plus de 50 adultes en situation de handicap et indirectement, vient en aide à de nombreux membres de la communauté locale. Ce projet unique vous est détaillé plus amplement dans cet article dédié.

L’avenir de FEDAR, ouvrir le village sur l’extérieur

La philosophie et les idées de FEDAR sont pertinentes et ne manquent pas d’originalité. Tout est pensé pour que chacun puisse y trouver son compte et vivre en harmonie. C’est pourquoi la fondation développe également différents projets avec la communauté indigène des Guambianos, qui vivent dans les montagnes aux environs de Popayán, puisque pour Ricardo, le fondateur et responsable de FEDAR, le partage des connaissances est essentiel. Nous avons, longuement et à plusieurs reprises, échangé ensemble, notamment autour des limites actuelles de la fondation. Si le village reçoit à de multiples reprises la visite de personnes extérieures, les enfants accueillis peuvent y passer leur enfance, leur adolescence et ce, jusqu’à l’âge adulte. Le village est à l’écart de la ville de Popayán, l’inclusion des personnes handicapées au sein de la société colombienne est encore faible et les interactions avec les habitants de Popayán sont quasi inexistantes. En cela, il semble nécessaire d’orienter les actions de FEDAR vers l’extérieur. Plusieurs options sont à l’étude mais Ricardo nous a confié penser ouvrir un restaurant à Popayan où les produits cultivés au sein du village seraient consommés, où les cuisiniers, serveurs, employés seraient de jeunes adultes de la fondation, où les décorations  proviendraient du travail réalisé au sein des maisons de la fondation, et un excellent café y serait servi! Partageant notre vision de l’inclusion, les professionnels de FEDAR savent que les jeunes ne peuvent voir leurs activités d’apprentissage et professionnelles cloisonnées au sein du village. Des échanges avec d’autres structures du réseau « Pensarme » sont aussi en train de se structurer pour que tous ces jeunes puissent voir leur cercle de possibilités s’agrandir.

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Plus d’informations sur FEDAR en cliquant ici.


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